Bilan

À l’écoute de l’Est

Deux semaines après Nuits sonores et European Lab Camp, qui proposait un décryptage des élections européennes à Lyon, Arty Farty organisait European Lab à Cluj-Napoca en Roumanie, les 13 et 14 juin 2019, un événement gratuit et ouvert à tous.

Ce forum a permis d’ouvrir un espace de débats dans le cadre de la saison croisée France / Roumanie, et de prolonger les échanges initiés à Lyon, sur les nouvelles formes d’activisme, la culture comme acte de résistance, et la nécessité de proposer de nouveaux récits en Europe.

Les participants de ce forum, co-produit par Tranzit House, une ancienne synagogue reconvertie un lieu culturel engagé, se sont beaucoup impliqués dans les échanges, témoignant d’un fort besoin de débats, à la fois ouverts, contradictoire mais surtout sans tabou.

« Il est important d’ouvrir le dialogue, mais il manque des espaces appropriés pour échanger, notamment pour la communauté LGBT Queer, étouffée par la législation roumaine » témoignait l’activiste pour les droits de l’homme Florin Buhuceanu.

Dans un pays où la société civile est en plein essor, mobilisée en faveur de la lutte contre la corruption, l’implication des citoyens dans le fonctionnement démocratique et l’élargissement de leurs droits ou encore la transparence des institutions, « nous avons besoin de mettre en réseau des initiatives de la société civile, et d’avoir un débat ouvert » poursuivait Andrei Bulearca de l’association Funky citizens.

Dans l’esprit de la Saison croisée France / Roumanie, qui proposait de faire valser les clichés liés à nos deux pays, les intervenants ont beaucoup mis en cause les idées reçues et les jugements reposant sur des standards occidentaux imposés par l’Union Européenne.

La revue Kajet a proposé de « décoloniser l’Europe de l’Est » d’une pensée impérialiste venue de l’Ouest, qui fait fi d’un passé communiste que des jeunes générations sont tentées de réhabiliter à l’aune des méfaits du capitalisme sauvage.

Les clichés, sont aussi ceux qui pèsent sur un monde rural, jugé « subordonné, arriéré, folklorique » expliquait Valer Cosma, historien intéressé par la modernisation du monde rural. Ces propos font écho aux débats qui ont eu lieu à Lyon deux semaines plus tôt, à propos d’une Europe rurale supposée « vide » qui fait le plein de projets culturels inspirants. 

Le multilinguisme comme moteur de l’innovation et démarche qui développe l’empathie, le rôle de la diaspora roumaine en Europe, les modalités de construction d’un espace public résilient ou encore la possibilité de proposer des récits communs par l’art et les médias ont fait l’objet de vifs débats.

Plusieurs workshops, sur l’agenda culturel européen, les modèles économiques de la culture, le fonctionnement démocratique ou encore les relations entre art et technologies, ont également permis de partager des outils et esquisser une mise en réseau des acteurs. Entre le monde institutionnel et le secteur alternatif, les villes et les campagnes, l’Est et l’Ouest.

L’équipe d’Arty Farty remercie vivement le Commissariat de la Saison française en Roumanie de l’Institut Français et Tranzit House ainsi que toutes les personnes mobilisées sur ce projet.